Tout pianiste débutant rêve de pouvoir jouer des morceaux hors de son niveau. Généralement, on commence d’ailleurs le piano en ayant une idée précise de ce qu’on aimerait jouer (qui pourrait se résumer à deux ou trois pièces), mais il s’agit souvent de morceaux qui ne seront normalement pas accessibles avant plusieurs années dans un parcours « ordinaire ».

Ces morceaux nous tiennent tellement à cœur qu’il nous est difficile de ne pas les jouer… Deux solutions s’offrent à nous.

Décider de travailler le morceau quand même

« Peu importe le temps que cela me prendra, j’y arriverai ! »

On entend souvent cette réplique lorsqu’une personne décide de travailler sur un morceau au dessus de son niveau. Et je la crois entièrement ! Je pense que n’importe qui peut jouer n’importe quel morceau, quelle que soit la difficulté (dans les limites du raisonnable), s’il a la patience nécessaire et du temps devant lui.

Partition difficileCependant, est-ce vraiment une bonne idée ? Pour ma part, je vois de très gros défauts à cette méthode.

Premièrement, le temps d’apprentissage d’un morceau plus difficile que votre niveau est très long, ce qui peut être décourageant. De plus, la différence entre le niveau réel de la pièce et le niveau de l’élève sera très grande : ce n’est pas parce qu’on joue un morceau difficile qu’on pourra facilement en jouer un autre du même niveau.

Du coup, lorsque l’élève aura fini un morceau, il devra recommencer le long processus d’apprentissage, ce qui peut être très frustrant lorsqu’on joue déjà quelque chose considéré comme « aussi difficile ».

On constatera aussi un déficit au niveau de la lecture : l’élève passant plus de temps sur ses morceaux, il déchiffrera moins. Et plus la pièce sera éloignée du niveau de l’élève, plus le déficit sera grand.

Enfin, je dirai que ce n’est pas parce qu’on joue une difficulté particulière dans un morceau (des trilles par exemple) qu’on pourra automatiquement la rejouer dans un autre contexte. Je pense au contraire que pour assimiler quelque chose il faut la jouer sous un maximum de formes possibles. Avantage donc aux nombres de morceaux plutôt qu’à la difficulté de chacun.

Jouer des morceaux plus faciles dans le but de s’améliorer…

… afin d’attaquer le morceau difficile plus sereinement. C’est, je pense, la solution la plus raisonnable.

Vous trouverez très certainement des morceaux que vous apprécierez et qui seront beaucoup plus abordables pour vous. Vous profiterez alors de plusieurs choses :

  • vous jouerez des morceaux que vous appréciez
  • vous remarquerez facilement vos progrès (car vous enchaînerez les morceaux)
  • vous rapprocherez de votre but : le morceau difficile en question !

Personnellement je choisis généralement de travailler sur un morceau assez difficile qui me donnera du fil à retordre, afin de progresser, tout en jouant des études beaucoup plus faciles à côté afin de travailler ma technique tout en ne m’éternisant pas sur ces derniers.

Que faire si on souhaite jouer des morceaux trop difficiles sans les travailler en profondeur ?

L’idéal serait de ne rien faire, mais cela peut être très difficile… Dans ce cas je vous conseille de jouer la mélodie principale en la simplifiant un maximum (il s’agit généralement de la main droite).

Mais ne passez pas trop de temps dessus ! Sinon vous prenez le risque de prendre de mauvaises habitudes (position des mains, doigtés, …) qui vous gêneront réellement lorsque vous reviendrez sur le morceau. Car comme tout le monde le sait, il est plus difficile de corriger des erreurs que de jouer correctement du premier coup.