Exercices techniques au piano

Comme je l’ai mentionné dans l’article concernant le livre « Le pianiste virtuose en 60 exercices » de Hanon, l’utilité de ces exercices fait débat. Pour vous en convaincre, voici un discussion sur ce sujet mais il en existe d’autres car la question refait régulièrement surface.

Ne souhaitant pas vous laisser partir sans que vous ne connaissiez les tenants et les aboutissants, je vais maintenant vous présenter les points de vue de chacun.

Un exercice techniqueCeux qui sont pour les exercices techniques

L’utilité des exercices paraît évidente : en travaillant ces exercices, on améliore des points précis de notre jeu. Au final notre jeu s’améliore globalement, c’est du moins l’argument utilisé par ceux qui défendent ces exercices. On dit aussi que ces exercices seraient parfaits pour s’échauffer les doigts et les garder souples.

Voici l’avis d’un pianiste que j’ai trouvé sur un forum et qui me semble intéressant, je le partage avec vous :

Il faut à mon sens également développer tous les facteurs limitatifs du jeu : la régularité du tempo, la régularité de l’appui des notes (force), la coordination des gestes pour les passages rapides, l’endurance pour les pièces longues, etc… […] Une méthode pour ce faire est de jouer des pièces en permanence […]

Une autre méthode est de s’efforcer de travailler les différents aspects de manière logique, et là les exercices peuvent s’avérer utiles, comme le sont les séances de piste pour un coureur. Mais aussi on peut peut-être utiliser de la vraie musique et non des exercices écrits spécialement. Pour moi dans ce cas il faut alors bien sérier ce qu’on travaille : il ne faut à la fois s’appliquer sur la régularité, le legato ou le staccato, la force fff ou ppp, la vitesse d’exécution, et la musique, mais s’appliquer sur un des aspects (la plus grande régularité par exemple), puis un autre aspect. Et ensuite périodiquement remettre tout ensemble.

L’avantage des exercices c’est qu’ils sont conçus en ce sens : on travaille un aspect particulier, souvent assez clairement évident. Un des inconvénients est qu’ils sont rébarbatifs… comme le sont les innombrables tours de piste pour un coureur, pénibles, peu ludique, on traîne des pieds pour y aller… mais c’est efficace.

Ceux qui sont contre

Les détracteurs de ces exercices pointent le manque de musicalité de ceux-ci, ce qui pourrait donner de mauvaises habitudes et dégoûter les débutants de l’instrument. Voici l’avis du pianiste professionnel P-A Dablemont :

[…] chaque passage technique est différent, et on ne peut jamais retrouver exactement deux fois la même chose. Il faudrait donc travailler toutes les combinaisons possibles pour que l’exercice soit complet, ce qui est bien entendu inimaginable. Ne vaut-il mieux pas tout simplement les difficultés directement dans le répertoire? Répéter des formules, ou bien passer du temps sur des pages sans intérêt musical ne risque-t-il pas de faire fuir les jeunes musiciens ou de les faire se focaliser sur la technique plutôt que sur la musique? La technique doit rester en second plan, elle n’existe que pour réaliser l’idée musicale. Trop souvent je vois des gens essayer de résoudre un problème technique sans savoir quel est le but à atteindre.

Mains au pianoSi cela vous intéresse vous pouvez lire l’article complet.

Le docteur C. Chang critique lui aussi les exercices du Hanon dans son livre. Le passage est assez long et développe principalement les mêmes arguments, je ne le citerai donc pas ici. Ce passage n’a pas été traduit en français à ma connaissance, mais vous pouvez lire la version anglaise.

Et toi ?

Personnellement, je n’ai jamais utilisé ces exercices car mon professeur ne me l’a jamais demandé mais cela m’intrigue. Il est probable que je les essaye mais je ne compte pas en faire une routine, ce serait plutôt pour me faire ma propre opinion sur le sujet ! Mais vous, de quel côté êtes-vous ?

21 commentaires

  1. Snoopy

    Bonjour Fnor,

    très bon article, qui expose les 2 points de vues. J’ajouterais en argumentaire le temps dont on dispose. Un professionnel qui fait plus de 5h de piano par jour a le temps de consacrer 30 mn à des exercices. Mais pour le pauvre amateur qui trouve 30mn/1h par jour, s’il faut y passer la moitié en exercices, quel calvaire !

    Ma position est donc définitivement non aux exercices. Je me retrouve complètement dans les arguments de M. Dablemont.

    Enfin, la comparaison des exercices avec les séances de course à pied me semble inadéquat. En effet, la course est une activité répétitive, l’entraînement sert à augmenter l’endurance et la force du coureur, et non à lui apprendre comment poser un pied devant l’autre.
    Le langage musical est autrement plus complexe. Je le comparerais donc plutôt à la littérature : un exercice s’apparente à apprendre à recopier cent fois chaque mot du dictionnaire. Interprêter une pièce consiste pour moi à écrire un poème. Certes, le poème est composé de mots, mais croyez-vous qu’en ayant fait le premier exercice, vous soyez meilleur au second ? J’ai quelques doutes…

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    • Fnor

      Dans ce cas, il considère les exercices nécessaires pour progresser. Le parallèle avec la course ne me dérange donc pas vraiment.

      Pour bien courir en course il faut s’entraîner, l’argument est donc que pour bien jouer un élément d’un morceau, par exemple une gamme ou un apèrge, il faut s’entraîner aussi. Cela ne va pas plus loin que cela.

      Le fait que cela aide effectivement ou non à progresser est le principal argument des détracteurs, qui revient dans ton exemple.

  2. crysos

    L’avantage d’ouvrages type Hanon est qu’ils font travailler des difficultés techniques bien supérieures à celles rencontrées dans les morceaux qu’un débutant est sensé apprendre …

    Ils sont très utiles pour la dextérité, le travail des doigts faibles, les rythmes, l’acquisition de la vitesse, de la régularité, le travail en tierces, en gammes, en trémolos, ou dans tous les tons. Toutes ces techniques seront rencontrées ici et là dans les morceaux mais de manière discontinue et éparse et sur un temps infiniment plus long ….

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    • Fnor

      Cet intéressant que tu reviennes sur ce « vieil » article, je viens justement de répondre à un commentaire similaire. Pour t’éviter de devoir tout lire, je vais me répéter ici.

      Le problème des exercices type Hanon, c’est qu’ils sont exempt de musicalité. Certes cela fait travailler la technique, mais il y a de nombreuses études qui permettent également de travailler certains points précis tout en étant de « vrais morceaux ». Les plus connues sont probablement celles de Chopin (parmis les plus dures aussi) mais c’est loin d’être les seules.

      Pour le fait de travailler des techniques plus compliquées que ce que l’on rencontre dans nos morceaux, j’avoue ne pas voir l’intérêt… Il sera toujours temps – et à mon avis bien plus utile – de les apprendre en situation réelle. D’autant que le fait de jouer une difficulté dans un morceau ne garantit pas de pouvoir la rejouer dans un autre contexte.

  3. crysos

    L’article est vieux ? Je ne sais pas, je parcours ce site par ses thèmes.
    Merci de ta réponse en tout cas !

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    • Fnor

      L’article a été écrit il y a près de 4 mois. Pour un blog qui n’a pas encore fêté ses 5 mois, je considère que c’est un « vieil » article.

      Cependant il est toujours d’actualité ! Je compte faire quelques modifications afin de rendre ces « vieux » articles plus visibles.

  4. Snoopy

    Bonjour Fnor,

    ça va faire quelques mois que je pratique le Hanon à raison de 10mn par jour en échauffement. Je n’ai pas encore assez de recul pour en tirer un bilan positif ou négatif, mais j’ai remarqué que j’avais plus de mal en descente qu’en montée et plus de mal à la main gauche qu’à la main droite.

    Je me demande si c’est normal (parce que droitier ? Mais ça n’expliquerait pas le pb de différence entre la montée et la descente). Je me permets de poster cette question en commentaire, espérant qu’un utilisateur plus avancé puisse m’éclairer sur ce sujet.

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    • Fnor

      Oui, c’est normal. En tout cas c’est comme cela aussi pour moi ! Dommage que je ne vois ton commentaire que maintenant, je sors de mon cours… sinon j’en aurais touché un mot à ma prof.

      Pour la différence gauche/droite, il est sûr que le fait d’être droitier joue un rôle. Mais il y a aussi le fait que la mélodie est presque toujours main droite, c’est donc elle qui travaille principalement. Comme tu joues depuis plusieurs années il y a peut-être un « retard accumulé ».

      Pour la différence entre les montées et les descentes, je dirais que cela vient des passage de doigts. En montant tu passes le pouce – qui est un doigt assez habile – alors qu’en descendant tu passes le 4 ou le 5, qui sont normalement plus faibles.

  5. lisarevna

    Pour le Hanon, je l’ai demandé à mon professeur ! Je ne suis plus jeune et la pratique d’exercices m’aide à garder les mains souples, ou capables de plus ! Par ailleurs ces exos me détendent !
    Ils sont plus rassurants et moins exigeants que l’approche de ce bien mal aimé ni très aimable Czerny !

    Qu’en pensez-vous les uns et les autres ?

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  6. euphorite

    Je suis incapable de jouer ce type d’exercice car n’y ait aucun plaisir. En général je me dégourdis les doigts avec une ou deux études de Chopin joué à petit tempo et qui apporte dès le début de ma séance de travail du plaisir, ce qui est finalement ce que je recherche en jouant!!

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  7. lisarevna

    Personnellement ces exercices m’ont soutenue souvent et mes mains ont gardé de la souplesse grace à eux….

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  8. Michel

    Pour ma part aucun exercice mais simplement 4 morceaux qui me servent d’exercices et d’échauffement. J’ai choisis ces morceaux afin qu’ils alternent le travail de la main gauche puis de la main droite puis les deux.
    C’est plaisant et je dois reconnaitre que c’est complétement arbitraire mais cela me convient et il me semble que je progresse grâce à ce système.
    Le seul point négatif consiste à trouver les morceaux rébarbatifs a force de les jouer quotidiennement.

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  9. kerovine

    Les exercices, Hanon ou autres, c’est comme les « problèmes » d’échec, comme en présentent certains journaux: une situation compliquée à dénouer, mais qu’aucun joueur ne rencontrera dans une partie. Savoir se sortir de cette situation, c’est pas mal – et apporte certainement une grande satisfaction à celui qui a résolu le problème.

    Pareil: les exercices de piano, c’est utile, mais pas un but en soi. Cela peut tout de même aider à jouer plus vite ou facilement certaines pièces. Pour des adultes qui apprennent le piano en « hobby », je dirais qu’il n’y a qu’à choisir en adultes: un exercice de temps à autre, le temps de retomber sur terre (question performances…) et basta! on continue ce qu’on a envie de faire, le mieux possible.

    Non?

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  10. moris

    les exercices techniques sont très importants pour jouer à l’aise un instrument. il faut, bien sûr, autant se peut, les aborder d’une manière ludique, mais ils sont nécessaires, sinon on traîne et on se limite. quand on aborde une nouvelle technique le cerveau a besoin d’établir des connexions pour que le jeu devienne automatique et non réfléchi, ce qui permet de se consacrer après, à l’aspect artistique. mais ce qui est sûr c’est que c’est l’apprentissage de la technique qui prime. pour que le cerveau fabrique une connexion durable (nouveaux neurones associés à cette technique), il faut absolument répéter inlassablement les exercices d’une nouvelle technique, tous les jours sans exception, pour une durée minimale de 21 jours (études scientifiques à l’appui), moi je vais jusqu’à 30 jours. ensuite il faut répéter les morceaux où on rencontre ces techniques assez souvent quand même . une fois les techniques assimilées de cette manière, on peut se consacrer aisément cette fois au côté artistique qui est l’aspect primordial, le but ultime.

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  11. kerovine

    D’une part, j’ai apprécié l’article du Trombone Journal. Clair et pas pédant.
    D’autre part, je trouve très intéressante la suite de commentaires. Amusante et informative. La diversité est marrante.
    Enfin, je trouve que Moris a une vision très mécaniste de l’être humain (d’autres gens sont comme ça dans le domaine médical), avec les connexions de neurones, des études scientifiques qui disent qu’il faut 21 jours, pas un de moins, etc. Je sais bien qu’il a en partie raison et qu’il dit d’autres choses aussi, plus convaincantes. C’est juste une petite pique; évidement qu’on a des neurones en plus ou moins bon état, plus ou moins entraînés – à moins qu’ils soient définitivement nazes!

    J’ai un problème de piano: accordé il y a trois mois, il me fait un bruit métallique à droite, avec certaines touches. Très vilain! C’estun petit un piano droit des années 30. Je ne peux pas taper dessus comme sur une machine à coudre! Peut-être la météo? Y a-t-il quelque chose de simple à faire? J’aimerais même simplement savoir d’où ça peut venir (je vis dans une vieille maison en pierres très « bio-dynamique »!
    Amitiés à tous.

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  12. Crazybémol

    Pour ma part je commence toujours par quelques arpèges avec les doigts de pied pour retrouver avec gratitude mes exercices avec les doigts de main. Un vieux truc du grand orateur Démosthène qui répétait ses discours la bouche pleine de cailloux. Bref aller du difficile au facile et non l’inverse.

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  13. BenLiszt

    Bonjour. Personnellement depuis des années de piano je n’ai jamais fait d’exercices technique. J’ai très très vite progressé et on ne m’a jamais demandé de jouer des gamme ou autres. Or je me suis rendu compte que ma main gauche était faible, et je peinais pour jouer des morceau tel que la révolutionnaire de Chopin ou le prélude et fugue n 2 de bach.
    Ensuite j’ai appris que Liszt (musicien très virtuose que j’adore) faisait environs 4 a 5 heures d’exercice par jour. ( des gammes, gamme en tierce, en octaves, des arpèges etc…) je me suis dis alors : faisons des exercices. Et a ma grande surprise j’ai adoré. Pour quel raison? Parce que ma main gauche a fait des progrès technique incroyable. Elle est plus souple plus vive et moins lourde, ce qui m’aide a jouer de façon plus musical. Je pense quand même que le phrasé, la sensibilité, les intentions musical etc… sont de loin les choses les plus importantes et intéressantes.

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  14. arttle

    @Nico

    J’aime beaucoup ta vidéo sur Martha Argerich. C’est une belle leçon de vie qu’elle nous offre.

    « Chacun a sa difficulté qui est très personnelle à cette œuvre. […] (Quand) Je commence à travailler une œuvre, pour moi c’est difficile. »

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  15. Meryll

    Si tu veux être interprète, il est évident qu’il est necessaire de connaitre une floppée d’exercices hautement technique, mais si tu veux composer et jouer tes compositions, pour peu que ce ne soit pas du classique, il est inutile de faire des exercices techniques au delà d’un certain niveau. Le perfection technique donne à mon sens une beauté musicale trop froide.

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  16. Dionysos

    Bonjour à tous !

    Ayant commencé le piano vers mes 7-8 ans, les exercices techniques m’en ont dégoûté durant plusieurs années… Je trouve que les exercices techniques peuvent être intéressants pour des pianistes qui ont envie de travailler certains aspects de leur jeu, mais pour ma part il est évident qu’ils se doivent d’éviter de dégoûter l’élève…

    Se remettre au piano après plusieurs années d’arrêt complet, c’est assez déroutant ^^

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