Pourquoi jouer lentement ?

Si vous suivez des cours, votre professeur vous a sans doute déjà recommandé de jouer un morceau lentement. Si ce n’est pas le cas, alors je vous le recommande fortement car c’est un des aspects fondamentaux de la pratique du piano.

Jouer lentement, oui. Mais encore faut-il savoir pourquoi et comment ! Car en appliquant ce conseil n’importe comment vous pourriez faire plus de mal que de bien. Comme le dit Chuan C. Chang, la méthode intuitive nous conduit souvent sur la mauvaise voie, il détaille ainsi les mauvaises applications du jeu lent.

Cet article fait partie d’une série d’articles relatifs à la méthode pour piano de Chuan C. Chang.

Panneau 50km/h

Pensez à jouer lentement !

Dangers du jeu lent

Le jeu lent et répété peut être mauvais lorsque qu’on apprend un nouveau morceau. Si vous débutez un morceau sans savoir comment le jouer et que vous commencez par le jouer lentement, vous ne savez pas si votre façon de jouer est erronée ou pas. Il est très probable que votre façon de le jouer sera différente si vous le jouez rapidement.

Lorsque vous essayerez d’accélérer, ces faux mouvements vous gênerons et vous serez confrontés à une barrière de vitesse. Vous devrez alors changer votre jeu pour réussir à franchir ce mur, cette méthode d’essai et erreur (apprentissage puis réapprentissage des parties problématiques) demande donc beaucoup de temps.

En utilisant cette méthode, l’étudiant apprend quantité de façons de jouer avant d’arriver au mouvement final. Il est clair que ces étapes intermédiaires ne lui sont d’aucune utilité et qu’il s’agit donc d’un temps précieux qui est gaspillé.

Importance de jouer lentement

Après avoir mis en garde à propos du jeu lent, voyons maintenant pourquoi il est nécessaire.

Un des conseils les plus utiles, selon l’auteur, est de toujours terminer une séance de travail en jouant lentement au moins une fois. Cela influe énormément sur nos progrès techniques. Nous avons tendance à prendre plus de mauvaises habitudes qu’on ne le pense en jouant rapidement, jouer lentement permet ainsi de remettre les choses en place.

Un métronome

De plus, malgré ce qu’on pourrait penser, jouer lentement sans erreur n’est pas facile tant que l’on ne maîtrise pas totalement le passage (techniquement et musicalement). C’est donc un bon moyen de vérifier votre connaissance du morceau.

Les professeurs et les élèves expérimentés savent que la musique jouée rapidement n’est pas bien retenue par le cerveau. Si vous jouez un morceau rapidement, vous constaterez que la prochaine fois que vous jouerez le morceau ce sera moins bon que la dernière fois où vous l’avez travaillé. Si par contre vous aviez terminé en le jouant lentement, vous le connaîtriez bien mieux !

C’est si remarquable que vous pouvez le constater vous-même : essayez de jouer un morceau toujours rapidement, et voyez le résultat le lendemain. Ensuite, essayez de terminer en jouant le morceau plus lentement et regardez le résultat la prochaine fois que vous le jouerez. De plus cet effet est cumulatif : si vous répétez plusieurs fois la méthode, les écarts seront d’autant plus grands!

Ralentir, mais à quel point ?

A vous de juger ! Cependant il faut veiller  à maintenir les mêmes mouvements que pour le jeu rapide. Si vous ralentissez trop, cela deviendra impossible. Cela pourrait même vous faire perdre la capacité de jouer rapidement.

La meilleure vitesse à essayer est celle où vous pouvez jouer aussi exactement que vous le voulez, soit environ 1/2 à 3/4 de la vitesse normale.

Le jeu lent est également idéal pour apprendre par coeur, mais la vitesse doit alors être inférieure à celle du jeu lent « normal », soit environ la moitié du tempo voulu.

Penser la musique

Il est important quand on joue lentement de penser la musique en avance. En jouant rapidement, on a tendance à courir derrière la musique et cela peut devenir une (mauvaise) habitude. Vous perdez ainsi la maîtrise !

Anticipez mentalement quand vous jouez lentement et essayez de garder cette avance quand vous jouez à vitesse normale. En pensant à l’avance, vous pourrez parfois prévoir les erreurs ou les difficultés et avoir le temps de rectifier le tir.

Alors, vous avait-on déjà conseillé de jouer un morceau lentement ? L’avez-vous fait ? Saviez-vous en quoi c’était utile ?

5 commentaires

  1. Summertime

    Bonjour !
    nouvelle ici, je trouve votre site très intéressant et vous en félicite .
    Pratiquant le piano classique en quasi autodidacte depuis de nombreuses années , je trouve très utile votre partie Technique pour moi qui en manque cruellement … Toutefois je dois avouer ne pas comprendre grand chose au paragraphe : Dangers du jeu lent .
    « Si vous débutez un morceau sans savoir le jouer  » ????
    Il me semble que si l’on « débute » un morceau , il est assez logique de ne pas savoir le jouer , non ?
    En effet si on sait déjà le jouer c’est sans doute qu’on ne le débute (= jouer pour la première fois ) pas ! ;-)
    Problème de traduction peut-être ?
    Ce qui donnerait du sens au reste de la phrase serait probablement :
    « Si vous débutez un morceau sans le connaitre (= l’avoir déjà entendu) « .
    Non ?
    En ce qui me concerne il est très rare que je décide d’apprendre un morceau sans l’avoir entendu au moins une fois . Un peu moins maintenant que je me suis mise au déchiffrage en aveugle 10 mn tous les jours .
    Bref …
    J’avoue être surprise aussi par les « faux mouvements  » …. En quoi jouer lentement provoquerait-il de « faux mouvements » ? A partir du moment où les doigtés sont bons , je ne vois pas trop d’explication … Bien sûr si le morceau doit être joué à un tempo soutenu et qu’il comporte par exemple de grands arpèges à travers tout le clavier , il faudra pour y parvenir que le mouvement des bras s’amplifie , que les coudes soient plus souples et que les doigts apprennent à « voler  » sur le clavier : progression vers la virtuosité qui n’est pas donnée également à tout le monde mais quelles que soient les difficultés rencontrées pour accélérer ce tempo je ne vois pas en quoi jouer lentement d’abord occasionnerait de faux mouvements …. ?

    De même la dernière phrase de ce paragraphe concernant l’inutilité des étapes intermédiaires me laisse perplexe . Le « gaspillage de temps précieux » ne présente pas grande importance dès lors qu’on est un pianiste amateur et que l’on cherche avant tout à se faire plaisir . Le livre dont vous vous inspirez s’adresse très certainement à ces graines de concertistes virtuoses que certaines nations asiatiques produisent à grande échelle .
    Je doute que la majorité de vos lecteurs relève de cette catégorie ou ait ce genre d’ambitions ….
    Bien sûr il peut paraitre à certains décourageant de passer plusieurs semaines , voire mois (ou années en ce qui me concerne pour les Variations Goldberg et les Sonates de Schubert par exemple !! ) et utile de progresser plus vite, mais certaines assertions de ce livre me semblent très surprenantes . Vivent les étapes intermédiaires qui servent à décortiquer , comprendre et construire le morceau avant que de le maîtriser . Trop de hâte dans l’apprentissage conduit à un jeu teinté d’à peu près et à des morceaux aussi vites oubliés qu’appris . Quel dommage !
    J’ajouterai enfin ceci : étant une pianiste impatiente et indisciplinée (tous les défauts n’est-ce pas ? ) j’ai eu l’habitude depuis toujours de déchiffrer à deux mains et dans un tempo aussi proche que possible de celui indiqué, ce qui m’a occasionné bien des problèmes dès l’apparition des premières difficultés techniques (souvent dûes à un doigté hasardeux … ). Ce n’est que récemment et grâce à une amie de très bon niveau avec qui je joue à quatre mains que j’ai appris qu’il pouvait être utile de travailler lentement .
    Mais je ne connaissais pas l’exercice proposé en fin de séance .
    A essayer , donc ! :-)

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    • Fnor

      Bienvenue et merci pour ce commentaire ! Je vais essayer de répondre à toutes les questions :)

      Tout d’abord au niveau du livre, il n’est pas destiné aux futurs concertistes entraîné depuis leur plus jeune âge mais bien aux amateurs voulant atteindre un bon niveau. Il précise qu’il a commencé à rechercher ces méthodes lors de ses études universitaires : il n’avait pas beaucoup de temps mais voulait progresser, il lui fallait trouver un moyen efficace de travailler au piano. Il n’a pas trouvé de livre répondant à ses besoins besoins et c’est pour cela qu’il a écrit celui-ci afin qu’ils servent à d’autres personnes recherchant la même chose.

      D’un manière générale il présente aussi l’idée que si l’on commence lentement et qu’on accélère on risque de se heurter à une barrière de vitesse, alors que si l’on prend un passage très court très rapidement il n’existe pas de barrière en ralentissant (c’est vrai, mais pas toujours aussi simple dans la pratique…).

      Quand je parle de « temps gaspillé » et de « faux mouvements », je fais référence aux doigtés (qui sont rarement entièrement indiqués sur les partitions) et les déplacements. Prenons l’exemple des gammes et des arpèges : il y a un doigté et une façon de déplacer ses mains à utiliser. Si l’un ou l’autre est faux, il est possible qu’on arrive à les jouer mains qu’on soit bloqué dans la vitesse car justement ils étaient mauvais. Il faudra alors réapprendre à jouer ces gammes et ces arpèges, et je considère ce faux doigté et/ou déplacement comme une perte de temps car cela ne sert à rien…
      Je ne dis pas qu’il faut se presser, mais il y a plus intéressant que de travailler des choses inutiles et je pense que tout pianiste amateur serait heureux d’arriver à jouer une pièce en 5 ans plutôt qu’en 10…

      Enfin, concernant la rédaction de l’article, il est vrai que la phrase n’est pas très claire, j’aurais du dire « si vous débutez un morceau sans savoir comment le jouer ». C’est-à-dire sans avoir une idée précise des doigtés et des mouvements. Il est possible que cela soit très clair dans notre tête car on nous l’a montré (professeur ou vidéo) ou que presque tous les doigtés sont indiqués, mais en général on cherche un peu. Je vais modifier cette phrase dans l’article.

      J’espère ne pas avoir oublié de question, sinon n’hésite pas à me le signaler ;)

  2. Xmas

    Fnor
    Je voudrais juste rajouter une chose sur les mouvements lents, j’avais lu un peu le bouquin de Chang (en anglais) et je crois qu’il y a la comparaison avec le fait d’avancer : la marche n’est pas le ralenti de la course, ou chez le cheval, le pas n’est pas le ralenti du trot, ni le trot le ralenti du galop.
    Donc si on produit un mouvement lent (sous tempo), il faut s’évertuer à ce que ses gestes soient un ralenti du mouvement normal ( à tempo) et non pas un mouvement « simplement » lent (càd à vitesse réduite).
    Et les faux mouvements seraient donc des gestes lents ne tenant pas compte des probl de « liaison », entre ce qui précède et ce qui suit, à vitesse rapide (à tempo). D’où la sensation de barrière si on passe de l’un à l’autre. Ce que j’en ai compris au moins !
    Christophe.

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    • Fnor

      Effectivement c’est aussi dans le livre, tu fais bien de le rajouter. Merci !

  3. pianoplayer

    Je n’ai sûrement pas saisi tout le sens de cet article car ce que j’ai compris du paragraphe « dangers du jeu lent » c’est qu’il ne faut pas jouer lentement quand on apprend un morceau.
    Mais je ne vois pas comment faire… Il y a toute la partie de déchiffrage, de recherche des doigtés s’ils ne sont pas indiqués, d’assimilation des déplacements,… On joue forcément lentement au début avant d’accélérer pour arriver au tempo final. Si on pouvait jouer directement au bon tempo on saurait jouer un morceau en une semaine!
    Pourriez-vous m’éclairer?

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